À la découverte du monde
Certains photographes cherchent. Stéphane Arnaud, lui, attend. Bangkok, Lisbonne, Essaouira : trois villes traversées sans liste, sans programme, avec pour seul bagage un Leica Q3 43 et la conviction que l'image viendra d'elle-même. Ce qui surgit alors, un homme chargé d'ail sous une bâche rouge, une lumière qui tourne au coin d'une ruelle, ne ressemble à rien de prévu. C'est exactement ce qu'il cherche. Découvrez-en plus sur son approche photographique dans cette interview, et parcourez ses images aux quatre coins du monde.
L'interview
Lorsque vous arrivez dans une nouvelle ville, qu'est-ce qui attire d'abord votre regard ?
Ce qui fait la force d'un lieu nouveau, c'est justement qu'on n'y a jamais été : n’ayant aucun repère, le regard est surpris en permanence. Comme rien n'est familier, tout retient l'attention. Donc j'essaie surtout de ne rien chercher. Je marche, je me laisse traverser par l'ambiance, et au bout d'un moment ce sont toujours les gens, la lumière, les lieux qui m'arrêtent. Je n'ai pas de liste de choses à photographier en tête, c'est plutôt l’inverse, je laisse l'endroit venir à moi.
Comment préparez-vous un voyage photographique ? Faites-vous des repérages en amont ou préférez-vous vous laisser guider par l’imprévu ?
Cela dépend un peu de l’endroit et du temps dont je dispose sur place. Par exemple si c’est une grande ville et que je n’ai pas beaucoup de temps, je suis capable de passer des heures avant sur Google Street View pour ma balader virtuellement et repérer les lieux où j’ai envie d’aller et éviter ceux qui m’attirent moins. Mais ce qui est sûr c’est que je ne cherche jamais à résumer un endroit ni à en faire un documentaire. Je me méfie de l'attendu : je ne veux retenir que ce qui visuellement me frappe, même s'il s'agit de photos qui auraient pu être prises ailleurs.
Qu’attendez-vous d’un appareil photo lorsque vous voyagez ?
Qu'il se fasse oublier ! Je veux pouvoir ne penser qu'à la photo, pas aux réglages. On dit souvent que le meilleur appareil photo, c’est celui qu’on a sur soi, et c’est vrai ! Alors j’attends aussi qu’il soit discret, léger, qu'il ne m'encombre pas et qui ne me sépare pas de ce que je photographie. Plus le matériel s'efface, plus je suis libre. Et c'est exactement ce que je cherche quand je suis dans la rue ou en voyage.
Y a-t-il une image de ces voyages dont vous êtes fier et que vous n'auriez peut-être pas réalisée sans le Leica Q3 43 ?
J’avoue que j’ai un faible pour celle de l’homme transportant des têtes d'ail sur un marché à Bangkok. J’aime les couleurs, les tons, la composition… Il y avait cette bâche rouge en arrière-plan et le toit, rouge aussi, de cette voiture en premier plan, que j’avais repéré. Et puis l’homme à surgit avec tout son chargement et j’ai juste eu le temps de viser et de déclencher. Il y avait peu de lumière et la scène a été très rapide.
Le Q3 43 a parfaitement restitué l’ensemble : la subtilité et les nuances des couleurs, les zones d’ombre et le visage luisant… tout y est. Il a vu ce que j’avais vu.
Stéphane Arnaud
Quel est le meilleur conseil que vous donneriez à quelqu'un qui souhaite s'améliorer en photographie de voyage ?
Le voyage, c’est la vie ! Mais le voyage peut aussi très bien être au bout de la rue. Alors marcher, marcher et marcher encore, et photographier tout le temps. Ne pas attendre le « beau » sujet, parce que tout peut en être un. C’est ça qui est bien avec la photographie, c’est que l’on ne s’ennuie jamais ! Le reste vient avec le regard. Et accepter de rater beaucoup : c'est en photographiant beaucoup que l’on aiguise son regard et que des pépites finissent par surgirent… parfois !
À propos de Stéphane Arnaud
Journaliste et photographe, Stéphane Arnaud travaille depuis de nombreuses années dans le photojournalisme international, notamment au sein de l'AFP dont il a longtemps été le Rédacteur en Chef photo. Cette immersion constante dans l'actualité, avec ses exigences et ses règles, a nourri en parallèle une pratique photographique plus libre et personnelle où il cherche à s'affranchir de toute contrainte. Sans dogme ni impératif, il mêle les approches et les genres, couleur et noir et blanc. Influencé autant par la rigueur du photojournalisme que par une approche plus poétique, il revendique une photographie subjective où le regard précède l'intention.
Persuadé qu'il n'existe rien qui ne mérite d'être photographié et que tout peut devenir un sujet, il voit la photographie comme une quête permanente.