Miguel Estrella: Peindre avec la lumière disponible
Au Laos, la journée commence bien avant l'aube. Il est à peine quatre heures lorsque Miguel Estrella rejoint les moines dans une obscurité presque complète. Certains s'éveillent, d'autres balaient les feuilles tombées devant le temple. Bientôt, ils parcourront les rues pour recueillir leur nourriture. Le photographe les accompagne en silence, avec son Leica M11-P équipé d’objectifs Noctilux. Pas de flash, pas de dispositif encombrant : seulement la lumière présente, aussi rare soit-elle, et la volonté de ne rien briser de l’atmosphère.
Dans un lieu comme celui-là, arriver avec un flash n'aurait aucun sens. Les Noctilux me permettent de travailler avec très peu de lumière, mais surtout de préserver ce que je ressens
Miguel Estrella
DU LEICA M9 À UNE ÉCRITURE PERSONNELLE
La photographie entre dans la vie de Miguel Estrella lorsqu'il a une vingtaine d'années, par l'intermédiaire d'un Canon argentique prêté par son frère. La pratique reste d'abord liée à la famille et aux voyages. Puis, en 2009, après dix années passées en Belgique, l'Espagnol s'installe à Genève et découvre le Leica M9. Les images de son capteur CCD lui paraissent plus vivantes, différentes. Il franchit le pas.
Le M9 devient le véritable point de départ de sa pratique. D'autres boîtiers suivront - M (Typ 240), M10, puis M10-R et M11-P, mais Miguel reviendra plusieurs fois à ce premier modèle. Professionnel des études de marché et père de trois enfants, il consacre une part essentielle de son temps libre à l'image, notamment lors de voyages conçus comme de véritables immersions.
UN OBJECTIF POUR UN CAP
Le Noctilux-M 50 f/0,95 ASPH. entre dans sa vie à l'occasion de ses quarante ans. Il choisit de marquer ce cap par l'acquisition d'une optique désirée depuis longtemps. Plus que sa luminosité, ce sont les images qu’elle permet qui l'attirent : leur profondeur, leur douceur et la manière dont le sujet semble se détacher du monde sans en être séparé.
Lorsque j'ai découvert le rendu du Noctilux, j'ai pensé à la peinture. Il y avait une atmosphère que je ne retrouvais avec aucune autre optique. Quelque chose de difficile à expliquer, mais immédiatement reconnaissable.
Miguel Estrella
Cette singularité devient une composante de son langage. Miguel ne cherche pas à neutraliser la forte personnalité du Noctilux : il joue avec elle. Il observe autant l'arrière-plan que le sujet, les couleurs et les formes qui, à pleine ouverture, se transformeront en matière. Le flou participe à la construction de l’image.
LE 35 MM, UNE ATMOSPHÈRE DANS SON CONTEXTE
Avec le Noctilux-M 35 f/1,2 ASPH., cette écriture gagne en polyvalence. C'est la focale préférée de Miguel : assez large pour décrire un lieu, suffisamment proche pour établir une relation. Au Laos, il l'a utilisée presque exclusivement pour la rue, les paysages et les portraits. Sa compacité favorise la discrétion, tandis que sa profondeur de champ réduite confère aux scènes une présence particulière.
Le 35 mm est l'objectif que je peux employer partout. Il conserve l'environnement autour du sujet, mais avec cette atmosphère propre au Noctilux. C'est probablement le plus versatile des trois, même s'il me serait très difficile de n'en garder qu'un seul
Miguel Estrella
Le 50 mm propose quant à lui une écriture plus radicale, plus concentrée, alors que le 75 mm, vendu puis racheté tant son rendu lui manquait, demeure son choix privilégié pour le portrait. Au Laos, Miguel emporte les trois. Chaque focale donne une présence différente au sujet.
APPRENDRE À VISER À PLEINE OUVERTURE
Miguel travaille le plus souvent à ouverture maximale : f/0,95 avec le 50 mm, f/1,2 avec le 35 mm et f/1,25 avec le 75 mm. Une habitude exigeante au télémètre, car quelques centimètres suffisent à déplacer le plan de netteté. La précision vient avec l'entraînement, jusqu'à rendre le geste presque intuitif.
Face à un sujet mobile, il réalise trois ou quatre images en décalant légèrement la mise au point. Cette méthode lui a permis de photographier un combat de coqs au Laos, avec des mouvements complètement imprévisibles et vifs, au beau milieu des parieurs. La discrétion du Leica M s'est révélée déterminante : personne n’a prêté la moindre attention à ce petit appareil manuel.
À l'autre extrême, la pleine ouverture peut devenir parfois délicate à gérer en plein jour. Miguel, en photographe averti, utilise alors des filtres ND pour conserver le rendu recherché sans surexposer l'image.
PRÉSERVER CE QUI SE PASSE
À quatre heures du matin, auprès des moines, la technique finit pourtant par disparaître. La maîtrise du télémètre, le choix de la focale et l'habitude de la pleine ouverture n'ont qu'une fonction : permettre au photographe de vivre pleinement le moment présent. Miguel passe ainsi la journée entière - grâce à l’entremise de Jonathan Taylor (https://jonathantaylorphotography.com/), un grand merci à lui! - avec ces hommes habillés de leur tunique orange, depuis leur réveil jusqu'à tard le soir..
Ses Noctilux lui permettent de photographier sans ajouter de lumière, sans interrompre un geste ni transformer l'instant en séance de pose. Au-delà de leur bokeh reconnaissable, ils influencent sa distance, son attention et sa manière de construire l'image. Leur rendu est même devenu indissociable de son regard.
Lorsque j'utilise un autre appareil, cette atmosphère me manque. Avec les Noctilux, j'ai trouvé des objectifs qui correspondent à ma façon de voir. Ils sont devenus une partie de mon style.
Miguel Estrella
L’immersion de Miguel Estrella au Laos sera visible au Leica Store Genève dès le jeudi 27 août, date à laquelle il vous convie au vernissage de l’exposition dès 17h30.
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Côté matériel, sachez qu’il a principalement utilisé au Laos son Leica M11-P avec les Noctilux-M 35 f/1,2 ASPH., Noctilux-M 50 f/0,95 ASPH. et Noctilux-M 75 f/1,25 ASPH.
Côté réglages, il photographie le plus souvent à pleine ouverture et utilise des filtres ND lorsque la lumière est trop abondante. Pour les sujets en mouvement, il réalise plusieurs vues successives en faisant légèrement varier la mise au point.
BIOGRAPHIE
Miguel Estrella, 50 ans, vit à Genève. Spécialiste des études de marché au sein d'un groupe international, il pratique la photographie depuis l'âge de vingt ans et utilise le système Leica M depuis 2009. Père de trois enfants, il consacre son travail personnel au voyage et à la rencontre, avec une prédilection pour l'Asie. Ses séries réalisées à Varanasi, au Vietnam et au Laos témoignent de son goût pour l'immersion, la lumière disponible et la proximité.
www.miguelec.com
Instagram: @miguelec